I need some brain I think I lost mine

"I need some brain I think I lost mine" montage par Octavio Jones

« I need some brain I think I lost mine », montage par Octavio Jones

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Accepter l’inacceptable

« Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l’histoire et le grand courant de l’histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté, mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler. »

Voilà ce qu’écrivait en 2010 Stéphane Hessel, ancien résistant français, dans son essai « Indignez-vous! ». Des mots plus que d’actualité aujourd’hui, à l’heure où l’on reproche aux étudiants de s’indigner, de se mobiliser, d’agir. Étudiants que l’on dénigre pour ne pas savoir accepter l’austérité, la pauvreté de plus en plus présente, les injustices de plus en plus marquées. Qui eut cru qu’un jour on nous reprocherait de ne pas accepter l’inacceptable, sous prétexte de respecter l’ordre établi… Un « ordre établit » qui paupérise toute une frange de la population, qui brutalise ceux qu’il devrait protéger… Un « ordre établi » qui devrait être toujours en changement, toujours remis en question, mais qui finit par nous brimer. Un ordre établi par un gouvernement qui devrait être à notre service, dont NOUS sommes les employeurs, mais qui refuse d’écouter, que dis-je, qui refuse de nous laisser nous exprimer.

On nous dit « Taisez-vous! Retournez en classe! Allez étudier! » On nous dit d’accepter, on nous dit que c’est comme ça, on nous dit que ça ne changera pas.

Et pourtant nous continuons et nous continuerons à nous battre, parce qu’accepter l’inacceptable c’est mourir de l’intérieur. Parce qu’obéir aveuglément c’est devoir réprimer nos valeurs, nos principes, notre morale, tout ce que l’on a appris dans nos cours, nos lectures, nos travaux… Parce qu’abandonner la lutte, lâcher prise, c’est surtout abandonner tout espoir. Parce que quoi que l’on nous dise, nous nous battrons pour une vie meilleure, pour un futur plus beau. Parce que tenter de se rapprocher d’une société égalitaire, où tous auraient le droit de se rendre à l’université, d’avoir un emploi, de manger à leur faim, de vivre sans peur constante du lendemain n’est pas utopique, n’est pas un simple rêve. C’est un idéal vers lequel tendre, auquel on doit s’accrocher de toutes nos forces, qui mérite que l’on se batte pour lui.

On pourra me traiter de rêveuse, d’utopiste, d’idéaliste. Mais je répondrais que sans rêve, sans idéaux pour lesquels se battre, collectivement, alors nous ne pourrions pas vivre ensemble, nous ne pourrions jamais tenter d’aller vers le meilleur… Les esclaves seraient encore dans leurs champs, les femmes dans les cuisines et je n’aurais jamais eu la chance d’aller assez longtemps à l’école pour pouvoir rédiger ces lignes. Parce que sont les idées qui ont fait, font et feront avancer le monde.

Et à mes camarades, je rappellerais pour finir d’autres mots de Stéphane Hessel : « Mais si, aujourd’hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève. » Alors, gardons espoir!

-Lilith

Québec je crie ma rage

J’attends fébrilement des nouvelles de mes amis
Car il ne fait pas bon manifester
Il ne fait pas bon s’exprimer
Dans notre ville aujourd’hui.

J’attends les noms de mes camarades qui seront tombés
Au « chant » d’honneur contre l’austérité
De ceux que l’on aura frappés
Pour mieux nous rendre muets.

Québec te souviendras-tu vraiment
Des cris des manifestants?
Te souviendras-tu du bruit des matraques
Des policiers qui nous traquent?

Écouteras-tu le cri d’agonie
De cette liberté qui se meure et supplie
Entendras-tu les revendications
Matées à coup de bâtons?

Cette jeunesse qu’on veut faire taire,
Qu’on transforme en adversaires
Ceux que vous traitez en enfants
Sont mordus jusqu’au sang.

Québec je crie ma rage
Pour nos camarades arrêtés
Pour nos mots atrophiés
Pour nos luttes que l’on ravage

Québec au nom du silence écrasant
Nous promettons de ne jamais nous taire
Au nom des visages amers
Nous restons debout ce printemps.

Clémence