Je suis la machine distributrice

Suite aux événements du 8 avril à l’UQAM a eu lieu une déferlante d’articles et de commentaires sur l’ouverture forcée des machines distributrices (dont les denrées ont ensuite été utilisées par les étudiant-e-s pour se nourrir durant l’occupation) et du vandalisme de certains bureaux.

Face à ces réactions de haine et de colère à l’égard des étudiant-e-s qui ont occupé l’UQAM et qui sont tous et toutes tenu-e-s pour responsables, je me suis trouvée vraiment mal à l’aise. Déjà, parce que ceux et celles qui s’indignent qu’une portion minimale de la population étudiante en prenne, selon leur dire, la majorité en otage, ne savent ensuite plus faire la différence entre deux casseurs et une centaine d’étudiant-e-s pacifistes. Ensuite, par l’abondance et la force des réactions face aux « malheurs » d’une machine distributrice, tandis que la brutalité policière est acceptée, et souvent par ces mêmes personnes. Ces mêmes commentateurs qui, bien souvent, diffusent des messages de haines et de violence envers les étudiants… Comment peut-on manquer d’empathie au point de se réjouir du sort d’une étudiante frappée au visage par un lacrymogène puis se lamenter sur le forçage d’une machine distributrice ? En est-on vraiment rendu au point ou les gens accordent plus d’importance au sort de biens matériels qu’au devenir de leurs compatriotes, qui défendent leur avenir ? Faire une veillée aux chandelles pour une machine distributrice et ouvrir une page Facebook pour ridiculiser une étudiante blessée par un policier ? (Quoi que je ne dise pas que tout ceux et celles qui se sont présenté-e-s à cette veillée approuve la violence policière.)11149416_1810206249205058_4331130763364008167_n

Je suis moi-même pacifiste et je n’appuie pas du tout ce vandalisme… Cependant, on ne peut pas mettre sur la même échelle le vandalisme et la répression policière. Il faudrait peut-être garder une certaine mesure dans nos réactions… Essayer de rester humains, de ne pas voir celui qui est en désaccord avec nous mais l’ami-e, le parent qui se fait frapper et malmener parce qu’il veut faire entendre ses convictions. Dénoncer le vandalisme, oui. Mais appeler à la violence ou la justifier en s’appuyant sur celui-ci serait contradictoire.

Enfin, je terminerais avec une citation attribuée à Voltaire :

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous puissiez le dire. »

Car peu importe nos idées, tant qu’il n’y a pas d’utilisation de la violence, la brutalité n’est pas et ne devrait jamais sembler justifiée, même lorsqu’elle est effectuée par les forces de l’ordre.

 Lilith

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Qu’est-il advenu du jardin d’Éden?

Je me souviens d’un temps lointain. Je ne suis même pas certain qu’il eût déjà existé. À une autre époque, lorsque je fus enfant, j’ai pu entrevoir le jardin d’Éden. Les choses étaient bien différentes. Les adultes et la société me firent partage de vertus et de nobles idéaux afin de nourrir mon âme : l’environnement avait une valeur, une force, une essence qui transcendaient l’existence… il FALLAIT protéger notre mère, la Terre. C’était le devoir de cette espèce dotée de RAISON; il était important de respecter son prochain, de lui prêter assistance… de l’écouter. On m’a appris qu’il était POSSIBLE de résoudre des conflits, qu’il était POSSIBLE de dialoguer, qu’il était POSSIBLE de connaître la paix. L’enfant est innocence… jamais une phrase n’a eu plus de sens. En grandissant, j’ai rapidement compris l’abomination que camouflaient ces dires. Était-ce le désespoir qui poussait nos prédécesseurs à transmettre le dernier fragment d’humanité qu’il lui restait, tout en sachant que nous risquons le même sort?

« Quand le dernier arbre aura été abattu
Quand la dernière rivière aura été empoisonnée
Quand le dernier poisson aura été péché
Alors, on saura que l’argent ne se mange pas. »

– Geronimo, Chef amérindien des Apaches Chiricahuas (1829-1909)

J’étais loin de me douter du triste dessein qui me suivait dans l’ombre. Que l’endoctrinement néolibéral aurait tôt fait de consumer frénétiquement la parcelle d’humanité qui me fut confiée; de sorte que je devienne l’automate d’un système totalitaire, ontologique, idéologique et omnipotent qui s’autoproclame maître de l’univers… afin que je subisse le même destin que celui de la dernière génération de bétail capitaliste fraîchement usinée. Est-ce pour que nous changions enfin l’« ordre » établi? Que nous délivrions une humanité captive d’une économie viciée fonctionnant sur l’assujettissement d’une population amorphe nourrie par un esclavage camouflé, une population dépeinte comme « sous-développée »? Est-ce dans ce dernier recours que me fut prodigué ce soupir de vie?

Je ne laisserai pas le cynisme médiatique et l’oppression politique absorber tel un trou noir le trésor qui m’a, qui nous a été confié. Je dénoncerai de toutes mes tripes devant tous ceux qui veulent bien l’entendre les turpitudes qui gangrènent l’espèce humaine. L’humanité a vendu son âme au néolibéralisme, saura-t-elle racheter son essence à une planète qu’elle a trop longtemps vilipendée?

Aujourd’hui, je regarde toute cette violence, cette tyrannie monétaire qui a bourrelé l’homme et je ne puis m’empêcher de me demander : qu’est-il advenu du Jardin d’Éden?

« Those who make peaceful revolution impossible will make violent revolution inevitable. »
– John. Fitzgerald Kennedy

                                                                                                                                                                               – Don Quichotte